Notre association Trait d’Union (loi 1901) et ce blog regroupent de simples administrés partageant une volonté commune : s’impliquer dans la vie de la cité et du plateau matheysin . Considérant que la politique et la démocratie ne sont pas seulement l’affaire des élus, par simple délégation électorale de pouvoir, mais aussi celles des citoyens, nous entendons suivre les décisions prises dans les instances communales officielles.
L'eau devient un enjeu pour l'Humanité. Face à l'augmentation planétaire des populations et au réchauffement climatique, sa rareté en fait une denrée de plus en plus recherchée. Chaque homme sur la terre a besoin d’en consommer et la vie même a pris naissance dans les immensités liquides. Mais rien aujourd’hui n’échappant à la course au profit, de grosses sociétés multinationales n’ont pas manqué d’en faire un commerce juteux.
A La Mure, nous avons en permanence sous les yeux l'élégante montagne qui nous sert de château d'eau primaire: le Coiro. Les populations en aval, ne l’ont pas à leur disposition et doivent s'accommoder de l'eau des rivières pour leur alimentation en eau potable.
Le Coiro reçoit la neige de l'hiver qui s'accumule sur ses pentes. Les pluies imprègnent ses sols. Ces précipitations alimentent tout au long de l'année le ruisseau de Rif Bruyant, au dessus de Lavaldens. A 1300 m d’altitude au bas d'un vallon, les captages procurent à La Mure une eau potable. 800000 m3 sont prélevés chaque année. La qualité de cette eau est réputée exceptionnelle. Faiblement minéralisée, exempte d'effluents organiques, pesticides, fongicides, nitrates, hydrocarbures, produits chimiques, molécules médicamenteuses, elle est très supérieure aux meilleures eaux du commerce séjournant en bouteille plastique polluant.
En 1954, la municipalité muroise a acquis les sources du Rif Bruyant avec l’accord des communes de Lavaldens et Oris-en-Rattier. Elle a entrepris des travaux pour acheminer cette eau à La Mure dans un château d'eau situé sur Paillon. De là, l'eau est distribuée aux quelque 3000 usagers murois. La Mure fournit et vend également cette eau aux communes de Nantes-en-Rattier, Sousville, Ponsonnas et Prunières, selon des tarifs fixés par conventions.
VEOLIA TOUJOURS LA
Jusqu'en 1987, la municipalité muroise a géré la distribution de l'eau et la collecte des eaux usées en régie directe.
En 1987, sous mandat Péquignot, La Mure a décidé de privatiser et de conclure un contrat d'affermage de 20 ans avec la Générale des Eaux (CGE) devenue ensuite Véolia. Les Murois ont alors vu leur facture d'eau rapidement s'envoler.
En 2007, la municipalité actuelle a mis fin au contrat d'affermage et annoncé, à grand renfort de tambours et trompettes, que la ville repassait en régie.
Des changements concrets pour les abonnés? Peu. La facture arbore les armoiries de la Mure et non plus le logo de Véolia mais elle a gardé la même couleur et la même opacité pour le profane. La décomposition du prix de l'eau n’y est pas plus lisible. Et le prix au m3 n'a pratiquement pas varié.
En revanche, les factures sont encaissées par le Trésor Public et la mairie se félicite de pouvoir fixer librement le prix de l'eau.
Retour à un véritable service public, en toute autonomie? Pas vraiment. Car Véolia est toujours là, même s’il se fait plus discret. En 2007, le groupe a obtenu de la municipalité un marché de trois ans, tacitement reconductible, pour le service public de l’eau et l’assainissement. Véolia continue donc d’assurer ses services comme prestataire: suivi et relevé des compteurs, interventions techniques diverses, travaux et maintenance générale des réseaux. Prix de ses prestations en 2010: près de 300 000 euros (plus de 206 000 euros pour la distribution de l’eau et la gestion des abonnés, et plus de 80 000 euros pour l’assainissement).
Ne maîtrisant pas totalement la gestion de l’eau et le coût de la maintenance, la municipalité ne peut pas agir réellement sur les composantes du prix de revient. Elle n’a donc guère de marge de manœuvres pour baisser le prix au m3. Mais elle a toute latitude pour décider d'en augmenter le prix.
Selon le bilan comptable 2010, hors montant des dépenses et investissements, les recettes de l’eau étaient de près de 755 000 euros. Somme étonnante au regard des 800 000 m3 qui sont prélevés à Rif Bruyant, pour une eau facturée à près de 3 euros le m 3 aux consommateurs murois.
On peut également s’étonner que la majeure partie du surplus de cet important volume prélevé, finisse par être rejetée dans la Jonche à gros débit, près du garage VFD à La Mure. Gaspillage regrettable selon nous. Impératif technique selon la mairie, ce surplus servant également à alimenter la microcentrale située sous Cognet, laquelle génère des recettes pour Prunières, Cognet et environ 30 000 euros annuels pour La Mure.
POUR UN VERITABLE SERVICE PUBLIC
Actuellement dans le prix de l’eau intervient l’abonnement, les prélèvements par les organismes publics et le coût de la maintenance pour les réseaux d'adduction et d'assainissement.
A-t-on véritablement besoin de recourir à Veolia, multinationale qui engrange des profits considérables, pour assurer la maintenance d’un système d'adduction d'eau local qui n’est pas d’une extrême complexité?
La ville de Grenoble, après une lutte acharnée des associations d’usagers, a intégralement municipalisé son eau. Elle affiche un prix de l'eau parmi les plus faibles de France.
A La Mure, ce système a fonctionné pendant plus d’un demi siècle, avec les moyens de l’époque et donné satisfaction aux usagers. Il ne serait donc pas utopique d’y revenir. Étant entendu que cette gestion se devrait aujourd’hui de prendre en compte la dimension intercommunale et englober l'assainissement.
Ce nouveau mode en véritable régie aurait notamment le mérite de faire baisser les coûts de maintenance facturés par des prestataires privés gourmands et du même coup de réduire le montant de la facture pour les abonnés. Il favoriserait aussi un véritable service public, soucieux des intérêts de la collectivité, composé de personnels formés et qualifiés pour être performants.
Enfin, une telle gestion produirait d’authentiques recettes municipales qui pourraient être notamment réinvestis dans les travaux importants et coûteux pour la future station épuration. Rappelons que faute de cet équipement, les baigneurs de Savel continuent à s’ébattre dans des eaux polluées en provenance de la Jonche et du ruisseau de Champagne, véritables égouts à ciel ouvert. (°Nous reviendrons sur ce dossier dans un prochain bulletin).
L'air et l'eau, entre autres biens vitaux, sont la propriété de tous. Ils devraient échapper à tout mercantilisme et aux appétits des sociétés privées.
De grosses sociétés multinationales font des milliards de profit avec l'eau, une main dans la poche de chaque habitant de la planète. De privatisation en privatisation, devra-t-on bientôt acheter des bouteilles d'air respirable en supermarchés, pour échapper à la pollution de l'air ambiant et celui de nos habitations ?
LAVALDENS ET ORIS FONT APPEL
Faute d’avoir pu s’entendre à l’amiable avec la municipalité muroise, les communes de Lavaldens et Oris-en-Rattier ont entamé un recours devant le tribunal administratif de Grenoble en avril 2005. Motif de leur requête : obtenir l’annulation de la cession à la ville de La Mure des terrains et sources du Rif Bruyant, faire reconnaître la nullité du contrat d’affermage conclu en 1987 entre La Mure et la Compagnie générale des Eaux et percevoir une redevance de 0,15 euros par m3 captés.
Lavaldens et Oris ont leur propre système de captage et sources d’alimentation en eau pour leurs administrés.
Elles estiment qu’une retombée financière pour les 800 000 m3 captés chaque année par La Mure sur leur territoire, serait légitime et bienvenue. Selon elles, cette cession, obtenue en 1954 par simple réunion et délibérations entre les trois parties municipales, n’a pas valeur de droit.
Le tribunal a rejeté leurs demandes en septembre 2009, notamment au motif d’une absence de précisions sur la date, l’acte et le périmètre des terrains concernés.
A noter qu’en l’affaire, la commune de La Mure était défendue par un substituant de Maître Peyrical, avocat de Véolia.
Lavaldens et Oris n’entendent pas renoncer et poursuivent leur procédure devant la Cour d’Appel.
LA TENTACULE VEOLIA
Veolia Eau (évolution de la Compagnie Générale des Eaux) est présente dans 66 pays. Elle emploie 95 789 collaborateurs et affichait en 2009, un chiffre d’affaires de 12,56 milliards d’euros. Véolia intervient, également et entre autres, dans les secteurs du transport, des déchets et de l’énergie. Elle gérait aussi l'exploitation du petit train de La Mure et ses 10 employés, les voies étant la propriété du conseil Général.
Véolia alimente près de 95 millions de personnes en eau potable dans le monde et plus de 68 millions en services d’assainissement. Elle compte parmi ses principaux actionnaires, outre la Caisse des Dépôts et Consignations, Groupama et le groupe industriel Marcel Dassault. Les auteurs du film Water makes money, récemment diffusé sur Arte, ont dénoncé les pratiques du groupe, selon eux: corruption de fonctionnaires, achat de concessions sous forme de cadeaux pour les municipalités masquant des prêts aux intérêts élevés, finalement payés par l'usager via la facturation du service d'eau privatisée, lobbying notamment dans les universités. Véolia a déposé plainte pour diffamation.
Les travaux de construction et d'entretien des réseaux de distribution d'eau représentent quelque 6 milliards d'euros par an en France. Veolia et le groupe Suez gèrent 80 % de l'approvisionnement en eau dans l'Hexagone.