Notre association Trait d’Union (loi 1901) et ce blog regroupent de simples administrés partageant une volonté commune : s’impliquer dans la vie de la cité et du plateau matheysin . Considérant que la politique et la démocratie ne sont pas seulement l’affaire des élus, par simple délégation électorale de pouvoir, mais aussi celles des citoyens, nous entendons suivre les décisions prises dans les instances communales officielles.
Le flot des eaux usées croît sans cesse. La pollution aussi. La multiplication de molécules chimiques d'utilisation banale rend le recyclage des eaux usées de plus en plus complexe.
Le problème des ressources en eau, déjà préoccupant, deviendra crucial à brève échéance au niveau planétaire.
Suite de notre dernier bulletin consacré à la distribution en eau potable de La Mure, notre association Trait d’Union porte aujourd’hui son attention sur l'assainissement et la station d’épuration, en cours de construction. Une station digne de l’Arlésienne : on en a parlé pendant des décennies sans jamais la voir venir …
Implantée à la sortie sud de la ville, elle concernera pour l’instant les communes de La Mure, Susville, Saint Honoré, Ponsonnas. Son coût est de 3 850 000 euros hors taxes, avec près de 75% de subventions du Conseil général, de l’Agence de l‘Eau et du SIGREDA, organisme qui gère les contrats de rivières, auquel est adhérent le Syndicat Intercommunal d’Assainissement de la Jonche (SIAJ) qui a géré le projet. Le montant de son entretien (environ 120 000 euros prévus par an) sera réparti entre les quatre communes, au prorata du m3 d’eau consommé par leurs abonnés. La station devrait être achevée à la fin de l’été 2012 et fonctionner début 2013.
Cocktail explosif
Que contiennent quotidiennement nos eaux usées ? Des tonnes de matières fécales, tous les détergents des lave-linge et lave-vaisselle; tous les produits pour la toilette (savons, shampoings, entre autres) ; tous les produits d'entretien dont des tonnes de javel ; tous les médicaments, parmi lesquels oestrogènes et antibiotiques ; des peintures, des eaux de lavage des matériels (white spirit, diluants divers); des produits pesticides et fongicides. Et pour couronner le tout, une multiplicité de poisons divers à usages domestiques. Sans oublier les huiles de vidange qui vont souvent rejoindre les huiles usées des friteuses et les effluents industriels non contrôlés. Un cocktail, somme toute, explosif, qui finit par aboutir au Drac et lac de Mayres/Savel, où s’ébattent les baigneurs en toute insouciance…
Lamentable constat
Deux lieux sont le passage obligé de nos égouts :
- Le ruisseau Champagne, apparemment bien nommé et alléchant, sauf que ce vin fin est ici frelaté. On peut l'observer sous forme de cascade dans un délaissé de route en allant à Pont Haut. Ne vous fiez ni au nom ni à la mousse, ce liquide est très toxique.
Nous dénonçons qu’aucune pancarte officielle ne prévienne du danger. Malgré nos demandes réitérées, la municipalité muroise n’a pas jugé bon d’en apposer une pour alerter les promeneurs attirés par ce décor alpin faussement bucolique.
- La Jonche: ici, même puanteur. Avec en plus une teneur non négligeable en pyralène, provenant du démantèlement des transformateurs de la centrale lors de la fermeture des mines. Cette pollution qui va durer des siècles, se propage aux rivières et fleuves jusqu'à la Méditerranée. On peut s’étonner que les bords murois de la Jonche aient donné lieu à des aménagements en aires de promenade spectaculaires récemment inaugurées en grande pompe par le Ministre des collectivités locales. Des aménagements coûteux (862 000 euros dont 390 000 pour la commune), qui ne parviendront pas à faire oublier la pollution de la rivière, ni le bruit du contournement routier qui longe les berges.
Par ailleurs, la cascade de la Jonche figurait au nombre des curiosités locales. Elle est devenue un cloaque répugnant. Il faut vouloir la chercher pour la trouver. Là aussi, pas de pancarte pour indiquer le chemin d’accès à cette cascade qu’on préfère désormais cacher et ignorer. A dix kilomètres de là, cette eau est pourtant une source de cristal comparable à celle de Rif Bruyant.
Le rôle d’une station d'épuration
Normalement les eaux de ruissellement et les effluents pollués divers sont collectés séparément à leurs origines (réseau séparatif). Les eaux pluviales sont rendues à la nature, les eaux polluées sont acheminées à une station. Ces eaux polluées sont filtrées pour enlever les déchets solides. Les huiles sont séparées par densité. Les boues sont séparées par décantation. Pas grand chose n'est possible pour les produits chimiques et les molécules médicamenteuses.
Au final l'eau devient claire, perd un peu de son odeur. Certains estiment qu'elle est buvable…
Les boues toxiques sont souvent épandues dans les champs et les contaminent. Dans le meilleur des cas, elles sont détruites en usine d’incinération.
A La Mure, les diverses municipalités successives n'ont pas mesuré la gravité du problème, au fil des années. Elles n'ont rien fait ou presque, préoccupées d’abord par des considérations financières et le calcul comptable. D’où la situation actuelle du tout au Drac.
Contrainte et forcée, la municipalité actuelle a dû très tardivement céder aux pressions : injonctions administratives de respecter les normes sanitaires européennes, arrêté préfectoral de 2007 suspendant les permis de construire jusqu'à réalisation de la station d’épuration. Arrêté préfectoral avec lequel quelques libertés et dérogations ont été prises d’ailleurs.
Après étude du projet, enquête d'utilité publique, acquisition du terrain permis accordés, la station est aujourd’hui en cours d’édification.
Quelques questions
La station va-t-elle bien fonctionner ? Cette question mérite d’être posée.
La Mure, compte de nombreuses habitations anciennes. Elle ne dispose que d'un circuit séparatif très incomplet. Autrement dit, les eaux usées empruntent majoritairement les mêmes canalisations que les eaux pluviales de ruissellement.
Il y a plus de 50 m de dénivelé entre le haut et le bas de la ville. Chaque averse provoque des crues rapides et importantes dans les canalisations. Pour observer le phénomène, il suffit d'aller voir le ruisseau Champagne quelques minutes après le début d'une averse (voir nos photos sur notre blog)
Deux problèmes cruciaux risquent donc de se poser pour la station d’épuration :
- un excédent d'eau en volume. Pour réduire ce volume, une quantité d'eau non traitée passera à coté de la station à chaque averse.
Cette fonction sera assurée par des déverseurs d'orages qui fonctionneront automatiquement à chaque pluie ou fonte de neige. Certes. Mais on peut craindre que de l'eau en excédent, fortement polluée, ne continue par intermittence à emprunter le lit du ruisseau Champagne.
- un excédent d'eau pure. Paradoxalement l'eau claire entrave le processus de traitement.
La mise en séparatif de tous les réseaux assurerait un fonctionnement normal de la station. Elle devrait être une priorité à La Mure. Elle n'est ni programmée ni prévue au budget murois pour l’instant, pour des raisons de coût.
Le fonctionnement de la station nécessitera donc des travaux pour la collecte de l’eau chez les particuliers. A cette fin, un appel d’offre sera ultérieurement lancé. VEOLIA sera-t-elle sur les rangs ? A La Mure, la municipalité a cru bon de confier à cette multinationale privée la gestion de la distribution de l’eau aux abonnés murois (cf notre bulletin précédent).
Véolia parviendra-t-elle à remporter aussi le marché, coté station d’épuration ? A suivre… Pour mémoire, ce groupe mondial gigantesque, qui fait des profits colossaux dans les secteurs de l’eau, des déchets et de l’assainissement entre autres, a réussi à mettre la main sur le transport ferroviaire public de voyageurs, en faisant circuler depuis le 11 décembre 201l le premier train privé entre Paris et Venise (train Thello).